Philippe SEGUIN, figure emblématique du gaullisme social, a succombé à une
crise cardiaque survenue ce matin vers 06h00 à son domicile parisien.
Plutôt que de lui rendre un hommage personnel, je préfère mettre en ligne ici,
ceux de deux de ses amis qui l'ont bien connu, deux autres gaullistes de coeur et de conviction.
Réaction
de Charles PASQUA
Séguin "avait
l'étoffe d'être un chef de l'Etat", selon Pasqua
L'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua s'est dit
"bouleversé" jeudi après l'annonce de la disparition de son "ami" Philippe Séguin, estimant qu'il "avait l'étoffe d'être un chef de l'Etat".
"C'est évidemment une nouvelle qui me bouleverse parce que Philippe Séguin
était un ami très cher, un homme passionné, aimant ardemment son pays", a confié sur RTL celui qui avait mené avec lui la bataille contre le Traité de Maastricht en 1992.
"C'est un homme qui aurait pu encore avoir un rôle de tout premier plan",
a-t-il jugé. M. Séguin "aurait été certainement un excellent Premier ministre et il avait l'étoffe d'être un chef de l'Etat, certainement".
"Mais c'était un homme qui n'avait pas une ambition personnelle. Il avait une
ambition pour la France, il voulait servir", a-t-il expliqué, car "il était profondément pénétré par l'idée de la nation, de la République, c'était un grand républicain, un grand
gaulliste".
Source : Nouvelobs.com
Réaction de Nicolas DUPONT-AIGNAN,
Président du rassemblement gaulliste Debout La République
Mort d’un
géant
La disparition brutale de Philippe Séguin me bouleverse. Je pense à l’homme, sa
très grande sensibilité et sa générosité, masquée par une pudeur extrême.
Je n’oublierai pas son regard plein de tendresse, ses rires éclatants, son
intelligence, sa profonde culture historique et politique, son ironie mordante, mais aussi son pessimisme, sans doute lié à son histoire personnelle.
Il aimait la France passionnément, il croyait en l’Etat. Il vivait les idéaux
républicains, ne souffrait aucun compromis ni aucune compromission. Il était décalé en vérité avec son époque, comme s’il était arrivé sur la scène politique trop tard ou trop
tôt.
Trop tard par rapport à la génération de la Résistance et de la Reconstruction,
trop tôt face aux défis d’aujourd’hui et de demain, où une personnalité comme la sienne aurait été si nécessaire au redressement du pays.
Il souffrait profondément, j’en suis sûr, de ce décalage entre ce qu’il pensait
pouvoir apporter à la France et l’absence de marge de manœuvre politique suite à l’échec de Maastricht, l’abandon de l’esprit de la campagne de 1995 par Jacques Chirac et la trahison finale des
valeurs du gaullisme au sein du RPR, qui lui en a fait claquer la porte de la présidence au printemps 1999.
Aujourd’hui toute la classe politique se rend compte de cette perte mais
n’était-il pas le miroir de la mauvaise conscience des uns et des autres, car si Philippe Séguin était reclus à la Cour des Comptes, c’est bien parce qu’une certaine idée de la Nation, de l’Etat
et de la République est passée à la trappe à gauche comme à droite, et qu’il n’imaginait pas, intégrité oblige, faire semblant de jouer.
Lui qui aimait tant le foot me disait souvent : « la vie politique
d’aujourd’hui, c’est comme un match de foot où les deux équipes jouent mais où le ballon a disparu, détenu par les autres puissances, celles de l’argent qui gouvernent en
cachette. »
Beaucoup de ceux qui se pressent aujourd’hui pour lui rendre hommage
ressemblent à ces joueurs qui font semblant, qui font comme s’ils n’avaient pas entendu les accents prophétiques d’un certain « Discours pour la France »,
lequel reste pourtant, près de 18 ans après avoir été prononcé, la meilleure grille de lecture de leurs propres errements et de leur propre impuissance à vraiment redresser le
pays.
Philippe Séguin était un géant. Il nous manquera profondément mais les valeurs
et les convictions qu’il a défendues avec intransigeance sont très modernes et le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre c’est de poursuivre le combat qui fut le sien.
Avec la disparition de Philippe Séguin, après celle des grands gaullistes
historiques comme Alain Peyrefitte et Pierre Messmer, la France perd l’un de ses plus grands défenseurs. Il avait l’étoffe d’un Président de la République mais, malheureusement pour la France, ce
n’aura pas été son destin.
Source : Site de Debout La République
A voir aussi la réaction de Nicolas DUPONT-AIGNAN sur le site
: Rue89
Les grandes dates de la carrière de
Philippe Séguin
- 21 avril 1943 : naissance à Tunis
- 1965 : s'inscrit au parti gaulliste UNR pour soutenir la candidature du
général de Gaulle à l'élection présidentielle
- 1973-74 : chargé de mission au secrétariat général de Georges Pompidou à la présidence de la République
- 1978 : élu député RPR de la 1ère circonscription des
Vosges
- 1983 : gagne la mairie d'Epinal au premier tour (réélu en 1989 et
1995)
- 1986-88 : ministre des Affaires sociales et de l'Emploi dans le gouvernement
de cohabitation de Jacques Chirac
- 1990 : réclame avec Charles Pasqua la fondation d'un nouveau rassemblement
pour "régénérer le RPR" en s'inspirant "du message du général de Gaulle"
- 1991 : partisan avec Charles Pasqua d'une "régénération" du RPR, il crée avec
lui l'association "Demain la France"
- mai 1992 : prend la tête de la campagne pour le Non au traité de
Maastricht
- 3 septembre 1992 : débat à la télévision avec le président François
Mitterrand sur le traité de Maastricht. Mais le Oui au traité l'emporte lors du référendum du 20 septembre.
- 1993 : élu à la présidence de l'Assemblée nationale (jusqu'en
1997)
- 13 décembre 1998 : seul candidat, il est réélu à la tête du RPR avec 95,07%
des voix. C'est la première fois qu'un président du RPR est élu au suffrage direct des militants
- 16 avril 1999 : démissionne de la présidence du RPR, décide de ne plus siéger
au conseil politique du parti gaulliste, et renonce à être tête de liste aux européennes de juin
- 18 mars 2001 : candidat de la droite RPR-UDF-DL, il est battu au second
tour des municipales à Paris
- 2002 : refuse d'intégrer l'UMP et renonce à se représenter aux législatives
de juin
- juillet 2004 : premier président de la Cour des comptes
A lire et à écouter : Philippe Séguin, "Discours pour la France"
RALABY Roger
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